Apprivoiser le risque

Qu’est-ce que le risque ? Rappelons la définition qu’en donne le Larousse :

Possibilité, probabilité d’un fait, d’un événement considéré comme un mal ou un dommage. Danger, inconvénient plus ou moins probable auquel on est exposé. Fait de s’engager dans une action qui pourrait apporter un avantage, mais qui comporte l’éventualité d’un danger.

Pour l’investisseur  il s’agit d’une part d’éviter de perdre de l’argent, et d’autre part de ne pas en gagner assez par rapport au risque prix (risque d’opportunités).

Il nous faut également faut distinguer le risque individuel, lié à une action, du risque de l’ensemble du portefeuille, et le risque de perte en capital du risque de perte de revenus.

La partie de perte en capital a fait l’objet de beaucoup d’études, puisque la majeure partie des investisseurs se focalise sur la valeur de leur portefeuille et non du flux de revenu que celui-ci rapporte.

Beaucoup d’économistes ont essayé de modéliser le risque, de l’apprivoiser dans des formules mathématiques. Pour cela, ils s’appuient sur des théories censées représenter la manière dont les marchés fonctionnent. Les plus connues étant  la Théorie Moderne du Portefeuille du Prix Nobel Harry Markowitz, ou sa dérivée  le  « Capital Asset Pricing Model » (CAPM) ou Modèle d’évaluation des actifs financiers (MEDAF), le modèle d’évaluation le plus célèbre et le plus utilisé.

Les approches classiques

Risque et volatilité : le «Bêta» ou β.

Dans ces modèles, le risque associé à une action ou un portefeuille est souvent associée à la notion de « volatilité ». C’est-à-dire la propension qu’à le cours de cette action à varier plus vite (ou moins vite) que le marché. Cette notion est représentée en finance par la lettre grec «Bêta» : β.

Le β est un indicateur de risque dans la mesure où si l’évolution du marché est à la baisse, l’action sera susceptible de baisser moins que le marché s’il est inférieur à 1, et plus que le marché s’il est supérieur à 1.

Concrètement, prenons l’exemple d’une action du CAC 40 qui possède un beta de 1,4 : si le CAC 40 varie de 10%, l’action devrait théoriquement varier de 14%, elle amplifiera donc les mouvements du marché.

A l’inverse, si l’action a un beta de 0,8, elle variera moins violemment que son marché de référence : si le CAC 40 varie de 10%, elle devrait effectuer un mouvement de 8%.

Plus sur le β : http://fr.wikipedia.org/wiki/Coefficient_b%C3%AAta

Risque et rendement : le ratio de Sharpe.

Le rendement est indissociable du risque : on ne peut considérer un investissement uniquement sous l’aspect « rendement » sans y associer le risque pris pour réaliser ce rendement.

A niveaux de risques équivalents, les actions  peuvent procurer des rendements sensiblement différents. Dans ce cadre, le rendement est calculé par  la croissance des cours + les dividendes versés. Le risque est de nouveau représenté par la volatilité.

Cette relation entre risque et rendement est caractérisée par un indicateur appelé « ratio de Sharpe ».

Le ratio de Sharpe mesure l’écart de rendement entre un portefeuille et le rendement d’un actif sans risque (par exemple le taux du livret A) pondéré par l’écart-type de la volatilité de votre portefeuille.

  • Si le ratio est négatif: le portefeuille a une moins bonne performance qu’un placement sans risque. Autant investir directement dans un livret A !
  • Si le ratio est compris entre 0 et 1, le risque pris est trop élevé pour le rendement obtenu.
  • Si le ratio est supérieur à 1, la sur-performance ne se fait pas au prix d’un risque trop élevé.

Des modèles valides ?

Une simplification excessive de la réalité.

Tous ces modèles, ces formules, cette « mathématisation » peuvent être séduisants, ou impressionnants. Mettre le monde (de l’investissement) en équation est le grand rêve, le Graal de la finance.

Mais les différents modèles cités plus haut reposent sur des hypothèses (comme tout modèle) et sont des cartes très imparfaites du territoire de l’investissement, mais ne représente pas le territoire lui-même dans toute sa complexité. Ils supposent une efficience des marchés et travaillent comme si les agents économiques étaient rationnels.

Par exemple le ratio de Sharpe suppose d’une part que le risque n’est mesuré que par la volatilité et d’autre part que la distribution des rendements suit une loi dite « normale » (en cloche si vous préférez). Or cette distribution n’est fréquemment pas symétrique, rendant ce ratio inopérant.

Une branche de la finance, la finance comportementale, met à mal ces hypothèses de rationalité des agents économiques et de l’efficience du marché, et cette vision purement mathématique. Je suis assez séduit par cette approche, mise en avant par les prix Nobel Daniel Kahneman et Vernon Smith.

Par ailleurs, comme le démontre Nassim Taleb dans son livre Le cygne noir : La puissance de l’imprévisible, les risques d’occurrence des événements « exceptionnels »,  en dehors de l’intervalle de confiance sur lequel sont basés les modèles standards, sont dramatiquement sous-évalués.

Je vous recommande vivement la lecture des ouvrages de Daniel Kahnemann, et de Nassim Taleb.

Pour aller plus loin dans l’analyse des différents modèles, vous pouvez également lire Une marche au hasard à travers la bourse.

Risque = volatilité ?

Je n’ai jamais été à l’aise avec cette définition du risque comme étant la volatilité relative au marché : tout d’abord qu’est-ce que le «marché» ? l’indice CAC 40 ? un indice plus large ? le S&P 500 pour les valeurs américaines? L’ensemble de toutes les valeurs du monde ?

A chaque valeur peut correspondre un « marché » différent,  et aucune « norme » n’est établie. Ce qui explique d’ailleurs que le bêta varie pour une même valeur en fonction des sites que vous consultez!  Ce qui fait désordre pour une approche mathématique censée apporter une crédibilité scientifique…

Ensuite, la volatilité n’est un risque que si vous devez vendre en période basse. Sinon, c’est à la limite une gêne psychologique, mais que vos titres baissent (montent) plus vite que le marché si le bêta est élevé, en quoi est-ce réellement gênant ? A priori je garde les titres beaucoup plus longtemps que les cycles de marché (à vie, si rien ne justifie la vente).

La volatilité peut même être une opportunité : les mouvements du marché pouvant être irrationnels (bulles, ou au contraire forte déprime), une volatilité élevée peut vous permettre d’acheter des titres de qualité à des prix massacrés, ou au contraire de les revendre si la valorisation est réellement totalement aberrante en votre faveur.

La volatilité en soi ne me parait pas pouvoir engendrer des pertes de capital significatives réelles ni de suppression de revenu.

Mon approche du risque.

Mon approche du risque se résume en 2 axes :

Diminuer la probabilité d’une mauvaise sélection des actions individuelles.

Au niveau des actions individuelles, pour moi le risque le plus important est le risque de perte de revenu (flux).

Ce risque se réalise quand l’entreprise coupe  son dividende, ce qui se produit quand elle n’a plus les moyens d’en distribuer, que le dividende ne représente pas pour elle la partie la plus importante de ses engagements vis-à-vis de ses actionnaires ou qu’elle souhaiter utiliser son cash pour des opérations qui lui semblent plus intéressantes (achat d’entreprise, rachat d’actions, investissements lourds etc…).

Les différents ratios que nous analysons pour le choix d’une entreprise ont pour but de nous prémunir, ou du moins de diminuer, ces risques : la longévité de distribution du dividende, y compris à travers des périodes plus difficiles, nous donne de la visibilité sur l’importance accordée au dividende par le management de l’entreprise.  Les ratios de profitabilité et de dettes nous garantissent que la société est profitable, et financièrement solide. Enfin les ratios de dividendes, et particulièrement le payout ratio sur le FCF , nous prémunissent d’une société qui distribueraient trop de dividendes par rapport à ses capacités, et qui serait donc amené à les couper si sa situation économique devait se détériorer, même légèrement.

Pour les aspects perte de capital, les ratios de prix nous empêchent d’acheter « trop chère » une action. Acheter des parts d’une société à plus de 25 fois ses profits me semble extrêmement risqué… (je me contente de valeurs  avec un PER inférieur à 20 dans tous les cas).

Diversifier son portefeuille.

En diversifiant sur des valeurs non corrélées, c’est-à-dire dont le cours, et  l’activité économique ne varient pas de la même façon, me semble être le moyen de diminuer le risque sur mon portefeuille.

Quand vous investissez dans des secteurs aussi différents que les assurances, la pharmacie, l’industrie, la consommation de base, les services aux collectivités, les matières premières,  l’énergie, les telecom, ou l’immobilier, le risque de voir l’ensemble de vos actifs cesser de distribuer des dividendes est faible.

L’allocation au sein de mon portefeuille respecte également quelques lignes de conduites générales :

  • Une action individuelle ne doit pas peser trop (6 ou 7%), ni en valeur ni en revenu.
  • Un secteur ne doit pas peser trop (15 à 20% max), ni en valeur ni en revenu.

Ce ne sont pas des règles strictes, mais je prendrais des mesures si un secteur ou une action devenait prépondérant(e) dans mon portefeuille.

J’ai bien conscience de n’avoir fait qu’effleurer ce sujet passionnant du risque dans l’investissement.

Des dizaines d’études, des milliers de personnes se penchent chaque année sur ce sujet qui fait l’objet de thèses, de recherches, etc… Il est bien sûr impossible de traiter ce sujet en quelques lignes.

Et vous quelle est votre approche du risque ?

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Commentaires (4)

  1. Nicolas @ Objectif10%

    Bonjour,

    Une autre stratégie pour faire diminuer le risque boursier est d’acheter une action en dessous de la valeur intrinsèque de l’entreprise. Toute la difficulté est de déterminer cette « valeur intrinsèque »

    Cordialement,

    Nicolas

    Répondre
    1. Philippe (Auteur de l'article)

      Bonjour Nicolas,
      C’est effectivement l’approche des investisseurs « Value ». Si cette approche vous intéresse, vous trouverez dans la page « Ressources » 2 liens vers les sites de référence pour ce type d’approche : celui des Daubasses et celui de l’Investisseur Français.
      La notion de « Marge de Sécurité » devient prépondérante alors, vu que cette valeur intrinsèque est comme vous le soulignez difficile à évaluer précisément.

      Philippe.

      Répondre
  2. langoisse

    Bonjour ,
    Mon approche de l’investissement ressemble beaucoup à la votre , mais je ne savais pas la décrire . Je suis heureux de vous lire .
    Merci pour ce site et vos articles clairs et bien vulgarisés .
    Xavier .

    Répondre
    1. Philippe (Auteur de l'article)

      Merci Xavier !
      N’hésitez pas à faire des suggestions sur les thèmes que vous souhaiteriez me voir aborder.

      Philippe.

      Répondre

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