Les ratios de Prix

« Le Prix est ce que vous payez. La Valeur est ce que vous obtenez ». Warren Buffett.

Une entreprise répond avec succès aux différents critères de qualité ? Félicitations, vous avez mis la main sur une « bonne » société. Mais avant de l’acheter, nous allons vérifier si le marché nous la propose à un  prix raisonnable.

 Quelques ratios vont nous y aider :

 1- Le PER (Price/Earning Ratio)

Le PER se calcule en divisant la capitalisation boursière par le résultat net, ou en divisant le cours d’une action par le bénéfice net par action ; généralement, ces opérations s’effectuent avec les données du dernier exercice annuel d’une entreprise.

Ce ratio a comme avantage principal sa disponibilité sur absolument tous les sites financiers. La simplicité d’utilisation du PER ne doit pas occulter ses limites :

  • le PER ne tient compte ni de l’endettement, ni de la trésorerie ;
  • son calcul s’appuie sur le résultat net, qui peut être « manipulable » (exemples : impact du résultat exceptionnel, influence des dotations aux amortissements et aux provisions).

Le ratio PER reflète aussi bien la valeur estimée de l’entreprise que la confiance des investisseurs sur les bénéfices futurs : plus la croissance future attendue est élevée, plus le PER sera élevé. A contrario, plus la croissance future attendue est faible (voire négative), plus le PER sera bas.

Et bien entendu, on ne calcule pas un PER pour les entreprises en pertes (résultat négatif). Mais de toute façon, celles-ci ne rentrent pas dans nos critères.

Quel niveau de PER est-il acceptable ?

Historiquement, le PER moyen du marché se situe entre 15 et 25, et il fluctue en fonction des conditions économiques. Il peut également fortement varier en fonction du type d’entreprises (entreprise de croissance, défensive, cyclique, en crise, en déclin…), des phases baissières ou haussières de la bourse, etc…

Le PER d’une entreprise devrait ne se comparer qu’avec celui d’une entreprise du même secteur, ou par rapport au PER « historique » de la société ( si celle-ci n’a pas changé). Ces précautions en tête, il nous faut néanmoins décider d’un chiffre :

Nous allons préférer les sociétés avec  un PER < 16.

Et nous éliminerons les sociétés au PER > 20.

Pour citer «Security Analysis », livre de référence de Graham & Dodd : « ceux qui achètent habituellement des actions pour plus de 16 fois leurs bénéfices sont susceptibles de perdre des sommes considérables dans le long terme ».

2- Le ratio P/B (Price to Book)

Là où le PER s’intéresse aux profits, le P/B s’intéresse à la valeur des actifs nets de l’entreprise (la valeur des actifs moins les dettes) rapporté à son prix.

Si le marché nous propose d’acheter une entreprise pour moins que sa valeur d’actifs nettes (P/B<1), donc que sa valeur « à la casse », on peut supposer que cette société est mal-aimée et décotée et qu’on est susceptible de faire une bonne affaire.

Mais cela risque d’être assez rare sur les entreprises de qualité que nous visons.

Là encore, attention au domaine de validité de ce ratio :  la valorisation comptable des actifs nets peut être surévaluée. Ce ratio n’a de sens que pour les entreprises ayant beaucoup d’actifs tangibles (immobilier, machines, etc…); les actifs intangibles (marque, brevets, …) sont plus difficiles à évaluer. Et bien sûr une entreprise surendettée aura un P/B élevé, puisque les dettes sont soustraites des actifs.

Pour fixer néanmoins un chiffre, nous allons nous intéresser prioritairement aux entreprise dont le P/B <2.

3- Le ratio P/S (Price to Sales)

On s’intéresse là au ratio entre le prix et le chiffre d’affaire de l’entreprise. L’intérêt de ce ratio ?

Le chiffre d’affaire est moins manipulable que le bénéfice ou les actifs. Pour les industries cycliques, avec des profits pouvant varier dans de grandes proportions, les ventes sont plus stables et permettent de mieux appréhender la cherté de l’action.

Ce ratio seul n’a pas beaucoup de sens, mais nous allons nous intéresser prioritairement à des actions avec un P/S<2.

4- Le ratio P/CF ( Price/Cash Flow)

Similaire au PER mais en utilisant les Cash Flow plutôt que les bénéfices au dénominateur. De la même manière que nous préférons nous intéresser au Cash Flow (et surtout au Free Cash Flow) pour évaluer la profitabilité d’une entreprise, il est également intéressant de comparer son prix au cash flow plutôt qu’à ses bénéfices.

Une « bonne valeur » pour le P/CF dépend du stade de maturité de l’entreprise : entre une entreprise high tech de croissance et une entreprise de distribution d’energie, les cash flows seront très differents.

La moyenne pour les entreprises est entre 10 et 12.

Néanmoins, compte tenu de notre orientation « dividendes », nous préférerons les entreprises avec un P/CF inférieur à 6.

5- Le ratio EV/EBITDA

EV représente l’«Enterprise Value» : le prix que devrait débourser un investisseur qui souhaiterait racheter toute (les actions de) l’entreprise !

Pour simplifier, il devrait débourser la totalité de la capitalisation boursière (le « P » des ratios précédant), moins la trésorerie de l’entreprise, plus les dettes.Ce chiffre donne une meilleure image du « vrai prix » à un instant t.

L’EBITDA, que nous avions déjà vu dans les ratios d’endettement.

EBITDA signifie  Earnings before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization. Soit le Bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements. C’est le profit généré par l’activité de l’entreprise indépendamment des charges financière, de l’impôt et des investissements nécessaire pour maintenir et/ou développer l’entreprise.

L’EV/EBIDA est utile pour la comparaison entre des sociétés de différentes nationalités car il ignore les distorsions dûes aux politiques fiscales différentes.

Ce ratio est surtout utile pour comparer des entreprises de même secteur d’activité entre elles. Celles ayant le plus faible ratio EV/EBITDA seront considérées comme meilleur marché.

Il est encore plus difficile de donner une fourchette de validité à ce critère, mais un ratio >10 est susceptible d’indiquer une société survalorisée, alors qu’un ratio <5 indique une très bonne opportunité. Nous choisirons de manière préférentielle  des sociétés ayant un ratio EV/EBITDA <8.

Conclusion : Cette approche par les ratios est bien entendu incomplète et ne peut pas prétendre rendre compte de la valeur d’une entreprise. Pour cela, il faut travailler sur les documents financiers, connaitre le marché, etc… C’est un vrai travail d’analyste, que nous n’avons ni le temps ni les compétences d’effectuer.

Je le répète AUCUN ratio pris individuellement n’est significatif en soi et n’est le garant d’une bonne société à prix raisonnable.

C’est l’ensemble des ratios qui va dessiner un faisceau de présomption favorable ou défavorable.

Pour aller plus loin, il existe des sites ou des outils qui permettent de se faire une idée plus précise de la valeur d’une entreprise, et de pouvoir la comparer au prix actuellement proposé par le marché.

Je n’en citerai que 2 :

Le site MorningStar.com (en anglais) offre dans sa version payante « Premium » des évaluations de la valeur des entreprise, plus des rapports d’analystes, un screener assez performant, et les comptes des sociétés sur 10 ans (vs 5 ans dans la version gratuite).

Le prix est de 199$/an, soit environ 150€/an, soit moins de 3€ par semaine (si vous comparez avec le prix d’un magazine financier hebdomadaire). Je suis moi-même abonné à ce service (le seul service payant auquel j’ai souscrit).

Un outil développé par Philippe Proudhon, auteur du livre «Devenir rentier en 10 ans » et créateur du forum «Les  Investisseurs Heureux» permet de calculer la valeur d’une entreprise. L’outil, Xlsvalorisation (fonctionne sous Excel), en vente sur le site pour 39.90€ est extrêmement complet, et permet par la même occasion d’aller plus loin dans sa formation financière.

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