Pétrole : vers un baril à 60$ ?

Rappelez-vous le temps pas si lointain, je parle du début de l’année 2016, où on nous prédisait un baril s’effondrant à 20$…

Après avoir « prévu » un baril à 200 ou 300$, les spécialistes très bien informés estimaient pour d’excellentes raisons rationnelles (surproduction, ralentissement de l’activité économique, guerre des prix, etc…) que le baril ne pouvait que descendre, descendre, pour aller à 20$, voire en dessous.

Ainsi Goldman Sachs, le 10 février 2016, « s’attend à un pétrole à moins de 20 dollars« .

Ou en est-on à peine 3 mois plus tard?

Les mêmes analystes de Goldman Sachs parlent maintenant de… pénurie! et prévoient un baril à 50$ pour la deuxième partie de l’année. Pari risqué puisque le le baril est aujourd’hui à … 48.41$. (Source :  l’article de BFM.)

Oil

Bon, c’est vrai, je me moque un peu, je ne devrais pas. « La prédiction est un art difficile, surtout en ce qui concerne l’avenir » comme dit  la citation attribuée à Niels Bohr, Mark Twain, Tristan Bernard ou d’autres.

Rappelez-vous l’article écrit il y a 6 mois dans ce Blog: Pétrole : vers une remontée en 2016?

Cet article se faisait l’écho d’une thèse totalement dissonante à l’époque sur la future pénurie potentielle et la remontée des cours du pétrole. Et donnait quelques pistes d’investissements dans cette hypothèse, dont Exxon. (Mais je suis aussi investi sur Chevron, Technip, BP, Royal Dutch Shell ou Total ! Toutes sociétés distribuant des dividendes, et sur lesquelles j’ai investi au cours du temps, y compris dans la phase de « pessimisme maximum », qui m’ont permis quelques achats de sociétés à priori de qualité à Prix Raisonnable.)

Attention : mon objectif  n’est absolument pas d’affirmer  « je vous l’avait bien dit! ». Je ne savais pas du tout si ou quand le pétrole remonterait. Et rien ne dit qu’il ne va pas rebaisser dans les mois qui viennent!

Le but est d’illustrer simplement 2 choses importantes en investissement :

1- l’habillage rationnel macro-économique, qui servait aussi bien à « démontrer » que le pétrole « devait  » aller à 200$ (peak oil , croissance automobile mondiale, etc…) comme quelques mois plus tard qu’il « devait » descendre à 20 $ (surproduction, stocks importants, pétrole de schiste, ralentissement chinois, …) n’est que cela : de l’habillage rationnel.

Le constat, c’est que les meilleurs analystes du monde, des gens remarquablement intelligents, avec l’ensemble des données et des moyens à leur disposition, ne peuvent pas prédire les cours du pétrole à 3 mois! Ce n’est pas une question de talent ou d’honnêteté. C’est simplement que le système est trop complexe, trop chaotique, pour être totalement modélisable. Concrètement, cela signifie que dans l’investissement en Bourse, on est dans un système extrêmement incertain, et qu’il faut donc travailler ses investissements sur ce constat. Attention à ne pas tomber amoureux d’une hypothèse présentée comme une vérité. L’économie n’est pas une « science dure », aux résultats prédictibles.

2- « La diversification est une protection contre l’ignorance » disait Warren Buffett. Si dans son esprit cela signifiait qu’il fallait étudier à fond les investissements et miser son capital sur quelques idées (il rajoutait que cela n’avait pas de sens de diversifier si vous saviez ce que vous faisiez), je pense quant à moi que pour un investisseur individuel, la diversification est totalement nécessaire, justement comme protection contre l’ignorance, car personne ne peut réellement prévoir le futur. L’ignorance est donc également une donnée de base à intégrer dans sa méthodologie d’investissement. Nous savons que nous ne savons pas l’évolution que va prendre le pétrole (ou le cours des matières premières, ou la valeur de nos actions) dans le futur.

J’ai déjà parlé dans le blog de l’excellent livre du psychologue et prix Nobel d’économie Daniel Kahneman (que je vous recommande de nouveau vivement!) :

Système 1 / Système 2 : Les deux vitesses de la pensée

Le fait de travailler à partir d’une « check-list » de critères les plus pertinents possibles, base de la méthode RP-PR, est issu de la lecture de cet ouvrage. J’y faisait référence dans cet article : check-list vs experts. Le but est précisément de travailler en environnement impliquant  un degré important d’incertitude et d’imprévisibilité. Dans ce type d’environnement, la précision des experts est égalée ou dépassée par un algorithme simple.

C’est ce que la méthode « RP-PR » essaie de faire. Un algorithme, c’est à dire une suite d’instructions, qui permet de sélectionner les actions qui, sur le long terme, permettront d’avoir une performance financière intéressante.

Le pétrole n’est qu’un exemple. On pourrait avoir la même analyse sur le secteur des sociétés pharmaceutiques par exemple. La lecture de mon portefeuille vous permet de voir que je mets en application ce que je prône ici: diversification, et achats d’actions suivant la méthode RP-PR.

« Bon, tout ça c’est très bien mais alors, et le pétrole? » me direz-vous. Quels sont vos pronostics? Que faut-il acheter?

Je vous répondrais: Achetez des actions RP-PR en appliquant la méthode : vous aurez des actions de qualité, rentables à l’endettement maîtrisé, versant un dividende à priori perenne, que vous aurez acquises à un prix raisonnable.

Si le pétrole remonte, suivant un « retour à la moyenne » vers les 70/80$,  la valeur de votre patrimoine montera aussi et surtout le dividende sera encore plus renforcé.

Si il redescend, vous aurez sélectionné des actions qui seront le plus à même de traverser la tempête en maintenant un flux de revenus. Et comme vous aurez diversifié, le pire qui pourrait vous arriver est de subir une perte de revenu et de capital sur quelque % de votre portefeuille.

Et si vous voulez tout savoir, je vois dans ma boule de cristal que le 26 octobre 2016, le baril se trouvera dans une fourchette entre 54,8 et 62,25 $  🙂

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Commentaires (2)

  1. Revenus et Dividendes

    Philippe,
    Merci pour ton article, comme toujours pertinent.
    Je suis moi-même, comme toi, investi dans plusieurs valeurs pétrolières.
    Néanoins, à mon avis, la question qu’on doit se poser en tant qu’investisseur dans les dividendes est de savoir si la remontée des cours du pétrole permet à nos sociétés de couvrir/garantir le dividende.
    A mon sens, des sociétés comme Shell ou BP ne peuvent pas tenir longtemps leurs dividendes avec un pétrole à 50 $. Total me semble mieux armé, d’ailleurs il semble que le marché pense la même chose puisque le rendement est plus faible que Shell ou BP.
    Qu’en penses-tu ?

    Bertrand

    Répondre
    1. Philippe (Auteur de l'article)

      Bonjour Bertrand,

      Bien sur qu’il y a un risque sur les dividendes des pétrolières. Et particulièrement celles que tu cites. Le problème est que je ne sais pas quelle sera l’attitude de BP ou de Shell vis-à-vis des actionnaires. Diminuent-ils le dividende? dans quelle proportion? vont-ils faire le dos rond? pendant combien de temps? Par ailleurs quelle est leur marge de manœuvre pour réduire les dépenses et préserver un FCF? S’endetteront-ils plus? Mon « process » dans ce cas de figure d’incertitude maximum est toujours le même : wait and see. Si ils coupent ou réduisent très fortement le dividende, je vendrai immédiatement. Sinon, je garde. Cela fait des années qu’on prédit une coupe sur Total (ou sur Orange dans un autre secteur) et finalement rien ne se passe. Certes, je réinvestis plus sur Exxon par exemple que sur BP et je vais limiter l’extension de mon exposition aux pétrolières… La remontée du cours du pétrole m’intéresse aussi pour l’illustration qu’elle donne du manque de prévision possible.

      Répondre

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