Premier bilan de la crise Covid19

Voici quelques réflexions que m’inspire la vue de mon portefeuille après le krach.

D’abord un constat : à première vue, c’est un champ de ruines.

Les valeurs détenues dans un PEA ont toutes sauf 2 ( Sanofi et Total)  réduit ou supprimé leur dividende. Et 1/3 de ces valeurs présentent une moins-value supérieure à 45%.

Coté CTO, pas beaucoup mieux.

Les valeurs de rendement américaines s’en sortent mieux avec (pour l’instant) seules 3 valeurs qui coupent ou réduisent leur dividende (14 le maintiennent ou l’augmentent). 5 présentent une moins-value supérieure à 35%.

Les « booster de dividendes » (CEF et BDC) s’en sortent curieusement plutôt bien aussi, avec seulement 1 valeur qui annonce couper ou réduire son dividende, et 3 qui présentent une moins-value supérieure à 35% (sur un total de 15).

En revanche, les foncières….

Sur mes 17 foncières, 9 ont réduit ou coupé leur dividendes, et 10 ont une moins-value supérieure à 35% !!!

Face à ce constat, que conclure ? Que l’investissement dans les valeurs de rendement ne fonctionne pas ? que la Bourse est vraiment un univers impitoyable, qu’il vaut mieux en sortir et tout vendre ?

Bien sûr que non.

Déjà, si je regarde les choses en prenant un peu de recul, l’ensemble de mon portefeuille ne présente une moins-value « que »  de 16%.

Ensuite, pendant cette crise extrêmement violente, beaucoup de sociétés ont choisi de se préserver en supprimant temporairement leur dividende (ou le régulateur le leur a imposé comme pour les bancaires européennes).

Donc on devrait assister d’ici 1 à 2 ans à une reprise de la distribution de dividendes, et à la remontée des cours de ces sociétés qui auront su passer le cap.

Bien sûr, pour les autres, ce sera très difficile et il conviendra de les éliminer du portefeuille en prenant mes pertes. Seul le temps nous dira dans quelle catégorie se situera chacune de mes actions.

Mais cet optimisme structurel ne m’empêche pas de me poser des questions sur l’amélioration possible de ma méthodologie, et des actions à prendre dans le futur pour améliorer mes résultats.

Quelques points que je partage :

  • A partir de quel moment peut-on estimer que la situation est totalement irrécupérable pour une société ?

Certaines de mes actions présentent une moins-value de plus de 60%. Revenir à mon prix d’achat demanderait une croissance de 150%.

D’une manière générale, il faut se rappeler quelques chiffres :

Pour revenir à son prix d’achat,

  • une action qui perd 50% doit faire +100%
  • une action qui perd 60% doit faire +150%
  • une action qui perd 70% doit faire +233%
  • une action qui perd 80% doit faire +400%
  • une action qui perd 90% doit faire +900%

Même si la réponse à cette question dépend peut être de la société, on peut quand même estimer qu’à partir de 70% ou 80% de perte, la situation est plutôt mal engagée!

Mais à  ce niveau de perte, il nous semble que ça ne vaut plus la peine de vendre vu les montants résiduels à récupérer, et que « foutu pour foutu », autant garder l’action en portefeuille.

Sauf que c’est comme cela qu’on passe d’une perte de 70% à 80%, puis 90%, puis parfois 100% !

(Rappelons aussi qu’une action qui a déjà perdu 70%, pour passer à une perte totale de 80% va encore perdre 1/3 de sa valeur !).

A noter aussi que le chiffre de moins-value qui s’affiche est en fait trompeur, car la plupart du temps, les acquisitions ont été faites en plusieurs fois. Ainsi, si on choisit d’acheter une action et que celle-ci perd ensuite  8% ou 10%, on pense alors que c’est encore une meilleure affaire et on en « remet une louche ». Ce moyennage à la baisse fait que le PRU baisse alors mécaniquement. Et ainsi de suite, au fur et à mesure des achats postérieurs.

 Donc quand votre ligne affiche un -60%, cela signifie que par rapport à votre tout premier investissement, l’action a sans doute perdu beaucoup, beaucoup plus !

Il est bien sûr compliqué de savoir quand remettre au pot, quand laisser en l’état, et quand jeter l’éponge et revendre.

L’analyse RP-PR fournit un premier indice bien entendu : si la situation  au regard de ces critères s’est fortement dégradée, elle ne constitue plus un investissement présentant un risque raisonnable.

Pour les sociétés  qui gardent des critères RP-PR acceptables, ou pour laquelle ils ne s’appliquent pas ( financières, REIT, …), le choix est plus difficile…

J’ai ainsi dans mon portefeuille 8 actions qui ont perdu plus de 60% de leur valeur par rapport à mon prix d’acquisition. Et, double peine, beaucoup d’entre elles  (mais pas toutes !) ont coupé leur dividende.

Les pertes cumulées de ces 8 actions (sur plus de 75 lignes)  représentent plus de 40% de la totalité de toutes les pertes !

  • Y a-t-il des points communs à toutes ces sociétés ?

Déjà l’immense majorité d’entre elles sont des foncières.

Seule 1, Telefonica, est une société de télécommunication. Mais cette société est une « aberration » dans mon portefeuille, héritage d’un temps où je n’appliquais pas encore ma méthodologie, et qui aurait du être vendue il y a plusieurs années après qu’elle eut coupé son dividende.

On peut donc dire que c’est le secteur lui-même qui a été mis à plat. D’où l’importance d’une bonne diversification sectorielle !

  • A contrario, quelles sociétés s’en sortent bien ?

Et bien, sans surprise, il s’agit surtout de sociétés distribuant un dividende croissant et faiblement endettées, comme les « dividend aristocrats » type General Mills, Pfizer, Sanofi,..

Et bien entendu les actions acquises pendant la crise, comme Cisco, Danone, Vinci (même si cette dernière a réduit temporairement son dividende).

  • Qu’en conclure ?

Pour moi, 3 leçons que je tire immédiatement de ces constats :

  1. Toujours, toujours, toujours investir dans la qualité.

Les critères « RP-PR » restent d’actualité, et doivent être respectés. L’excès de dette est mortel pour les sociétés, et acheter « trop cher » une action est risqué sur le long terme.

En particulier, limiter les investissements dans des sociétés pour lesquels les critères RP-PR ne s’appliquent pas (financières, REIT, CEF, BDC) afin de mieux maitriser les risques.

Je fixe le montant total de ces investissements à 20% max de mon portefeuille, donc 80% devront être des sociétés RP-PR.

Il va donc falloir ré-équilibrer mon portefeuille en revenant à mes fondamentaux sur une diversification saine, que j’avais abandonnée au profit d’une recherche de profit immédiat.

Ce type d’erreur psychologique (céder à l’avidité) se paye toujours…

2- Limiter l’exposition aux forts dividendes, et se recentrer sur les dividendes croissants.

A l’instar de la fable du lièvre et de la tortue, il vaut souvent mieux avoir des yields plus raisonnables mais en croissance continue que forts et soumis à des coupes potentielles. Même si on peut avoir des dividendes important ET en croissance bien sûr !

Donc pour l’avenir, je vais revenir à un minimum de yield acceptable plus faible qu’aujourd’hui (2.5% versus 3.5% aujourd’hui), mais avec une croissance continue (idéalement Dividend Aristocrat).

A noter d’ailleurs que la liste des Dividend Aristocrats  va singulièrement s’éclaircir, et les sociétés qui auront franchi cette crise en continuant à augmenter leurs dividendes seront vraiment des stars.

Je rajoute donc dans mes critères de sélection la croissance du dividende sur les 5 dernières années, et l’absence de coupe au cours des 10 dernières années.

3- Mettre en place des mécanismes de protection de la valeur du portefeuille.

Même si bien entendu ce sont les dividendes qui sont importants, il faut être réaliste : une société ayant perdu plus de 60% de sa valeur et présentant de ce fait un yield « excessivement » élevé (9%, 10% ou plus) a peu de chance de continuer à verser ce dividende : il faudra donc s’attendre à une coupe, et donc subir à la fois une perte en capital irrécupérable ET une perte de revenu.

La question est bien sûr où mettre la limite ! Certain protège le portefeuille en mettant des stop-loss à -25% de la valeur d’achat.

Je devrais avec cette barrière me séparer de… 1/3 de mon portefeuille.

Cette règle est peut être applicable en temps normal, mais en cas de crise me semble dangereuse : les variations sont très brutales, à la fois à la baisse comme à la hausse comme on l’a vu en mars et avril 2020. On risque donc de matérialiser ses pertes sans pouvoir profiter du rebond des marchés.

En revanche, sans que cela soit automatique comme dans le cas des stop-loss, pour le futur, toute action perdant plus de 25% de la valeur de l’investissement initial (donc au moment où le choix de départ est fait) fera l’objet d’une analyse fine et sans concession.

L’objectif est bien entendu de voir si les critères RP-PR sont toujours bons et qu’il ne s’agit que d’un accident de parcours provoqué par une réaction disproportionnée de Mr le Marché, ou si la situation est plus grave et qu’il faut se séparer de cette action.

Et bien entendu, toute société faisant une coupe significative de dividende sera immédiatement revendue, quelque soit son parcours boursier par ailleurs.

  • Et pour la situation actuelle ?

A mon sens il est trop tard pour revendre en masse les actions qui ont déjà été massacrées.

Je vais donc étudier au cas par cas, prendre mes pertes sur certaines actions et réinvestir sur des actions de meilleure « qualité ». Même si elles présentent une moins-value de 60% ou 70%, ne serait-ce que pour éviter qu’elles plongent à -80% ou plus!

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Commentaire (1)

  1. Ribeiro

    Bonjour Philippe,

    Merci pour cet article.
    Je vous rejoins dans votre « fly to quality ».
    Prendre ses pertes est une décision difficile et j’ai également beaucoup de mal à le faire.
    À bientôt

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